Don Broco: « Half Man Half God parle du fait qu’on ne veut plus que les célébrités soient des Dieux »

Le 26 janvier, Don Broco était de passage à Paris pour un concert enflammé à La Maroquinerie.

Avant le concert, nous avons pu échangé quelques mots avec Rob Damiani, le chanteur du groupe, pour parler de leur nouveau single Half Man Half God sorti le 25 janvier et de leur album Technology:

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Vous venez de dévoiler une nouvelle chanson, Half Man Half God. Pouvez-vous nous en dire plus ? De quoi parle-t-elle ?

Half Man Half God est un peu comme une continuité de l’album précédent. Je n’avais pas prévu d’écrire des chansons sur la technologie mais c’est quelque chose qui me perturbe. Je dirais que c’est plus une observation qu’un problème mais le changement de la façon dont les gens perçoivent les célébrités et ce qu’ils attendent d’elles m’a frappé. Je me souviens quand j’étais petit, on admirait les personnes qu’on voyait à la télévision, sur Internet, dans les magazines. Ces stars étaient presque intouchables, on était impressionné quand on les voyait sur scène ou dans un film. Quand on les rencontrait après un concert, c’était l’apogée. Aujourd’hui, dû à l’accessibilité via les réseaux sociaux, que ce soit sur Twitter où l’on peut partager nos pensées, sur Snapchat ou Instagram où l’on peut partager chaque instant de notre journée, les gens en veulent plus, ils veulent TOUT connaître sur cette personne, jusqu’à savoir ce qu’elle prend au petit-déjeuner. Parfois, des personnes viennent prendre de tes nouvelles, te demander si tu vas bien, parce que tu n’as rien posté pendant quelques jours alors que tu vivais ta vie, tu n’as juste pas posté sur les réseaux sociaux. Les gens ont pris goût au fait que certaines célébrités partagent tout. Ils se sentent proches d’elles et attendent ensuite ça de tout le monde. Je ne sais pas si c’est une bonne chose ou non, je pense que ça peut-être mauvais car ça peut devenir une obsession. Je ne pense pas que les gens perçoivent leurs idoles comme des Dieux à proprement parlé mais on parle bien de « Rock Gods ». Half Man Half God parle du fait qu’on ne veut plus que les célébrités soient des Dieux. Par exemple, aujourd’hui je pense que les gens seraient moins intéressé par Michael Jackson, il était une légende et les gens veulent des célébrités auxquelles ils peuvent s’identifier, qui partagent leur vie de tous les jours. Je pense que le rôle des célébrités a changé et j’ai trouvé que c’était un bon sujet sur lequel écrire.

C’est donc un peu la suite de la chanson Technology ?

D’une certaine façon, oui !

Est-ce que Half Man Half God est un simple single ou est-ce qu’un album arrive bientôt ?

On a commencé à écrire Half Man Half God en octobre dernier quand on était en tournée aux Etats-Unis. En fait, on voulait une nouvelle chanson qu’on pourrait jouer sur cette tournée. Je suis presque sûr qu’elle sera sur le prochain album mais nous avons besoin de temps et de nous poser pour l’écrire. Half Man Half God donne une idée de la direction dans laquelle on se dirige avec ce nouvel opus mais d’un autre côté, comme on ne l’a pas encore commencé, qui sait à quoi s’attendre !

Donc il y a des chances pour que vous la chantiez ce soir ?

Oui, on va la jouer pour la toute première fois ce soir !

Est-ce que vous allez vous orienter vers de nouveaux sons pour le prochain album ?

Je pense que oui ! Nous voulons toujours essayer quelque chose de nouveau. Pour chaque chanson, nous voulons nous dépasser, faire quelque chose que nous n’avons jamais fait avant, donc je suis sûr que l’album prendra une direction un peu différente des précédents opus.

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Ces derniers temps, certains groupes expérimentent avec leur musique, sortent par exemple des albums un peu plus pop que leurs précédents et reçoivent des retours négatifs. Est-ce que cela influence vos changements musicaux ?

Nous ne nous en sommes jamais vraiment préoccupés. Dès le début de notre carrière, nous avons expérimenté avec notre musique. Bien sûr, il y a toujours des personnes qui viennent de découvrir le groupe et qui ensuite déteste le nouvel album mais notre fanbase, qui a grandi avec nous pendant ces huit ou neuf dernières années, est habituée. Cela fait dix ans que nous avons commencé le groupe, dès nos premiers EPs, il y avait différentes influences. Il y avait des chansons heavy rock, d’autres qui étaient un peu plus pop, un peu plus indie. Nous avons toujours essayé d’amener toutes nos influences dans notre musique et de créer quelque chose d’original. Donc chaque nouvel album est un peu différent et nous avons de la chance car nos fans de longue date sont préparés à ça et je dirais même que c’est ce qu’ils attendent. Pour d’autres groupes, c’est différent. Bring Me The Horizon, par exemple, qui viennent de sortir un album : ils viennent d’un monde complètement différent, avant ils faisaient du death core ! Donc pour leurs anciens fans, ça peut être dur de s’adapter et d’accepter le fait que les groupes ne veulent pas constamment faire la même musique. Je pense que nous avons été assez franc sur ce sujet dès le début, nos fans comprennent ça. Ils grandissent avec nous, ils se diront « oh cet album n’est pas trop ma tasse de thé » mais ils resteront malgré tout et attendront le prochain album. Nous avons toujours fait ce que nous voulions faire. Le principal, c’est que nous soyons heureux et que notre musique nous rende heureux, en espérant qu’elle rende quelques autres personnes heureuses.

Revenons à l’album Technology. Vous avez dit que vous l’aviez composé avec l’esprit de le jouer sur scène. Comment est-ce que cela a influencé sa réalisation ?

Ça a dicté certaines structures des chansons. On a pensé que ça sonnerait bien si on se retenait musicalement puis que la chanson explosait tout d’un coup avec un riff de guitare. On voulait quelque chose qui surprenne et qui donne envie de se lever et sauter. On voulait quelque chose de lourd, d’intense, sur laquelle on peut se déchaîner. Ça a influencé les paroles aussi. C’est quelque chose qu’on a découvert quand on était en tournée, au fur et à mesure, on prenait des dynamiques, des petits trucs par-ci par-là pour les mettre dans l’album.

Parmi ces chansons, laquelle préférez-vous jouer en live ?

Ça change très souvent ! Je trouve que Pretty est sympa, elle est rock du début à la fin, le public est déchaîné, on passe un bon moment quand on la joue. J’aime aussi Got To Be You car elle est différente. Heureusement pour nous, comme nous avons écrit l’album avec la tournée en tête, on prend plaisir à jouer toutes les chansons. Good Listener est cool aussi ! Quand on ajoute de nouvelles chansons, elles deviennent nos préférées pendant un moment car elles sont toutes fraîches.

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Les clips issus des singles de Technology sont drôles et décalés alors que les paroles des chansons sont assez sérieuses, pourquoi avez-vous choisi cette différence ?

Ça n’a pas été une décision constante mais c’est quelque chose que nous avions remarqué après avoir fait les clips de nos précédents albums. Nous nous efforcions pour que les clips soient en lien avec les chansons mais en les regardant avec du recul, on s’est dit « ça fonctionne mais ça n’importe rien de plus. » J’aime les vidéos qui permettent de voir la chanson d’une autre façon. On a fait les clips de la même manière qu’on a écrit les chansons : sans trop penser et en voulant juste s’amuser. La première fois que tu visionnes le clip, tu ne vois pas trop le lien, c’est dur de se concentrer sur le clip et la chanson en même temps mais quand tu le regardes plusieurs fois, tu comprends. Tu ressens la chanson différemment que quand tu l’écoutes dans ta chambre. On aime le fait que le clip soit décalé et apporte quelque chose d’autre. 

Dans la chanson Come Out To LA et dans le clip, vous dénoncez Hollywood. Qu’est-ce que vous feriez différemment si vous rentriez dans l’industrie musicale aujourd’hui ? 

Je pense que c’est une façon dépressive de vivre sa vie mais je dirai que quand on est dans l’industrie créative, il faut se protéger et se préparer à l’échec et à être déçu. Ne crois pas tout ce qu’on te dit, tout le monde s’emporte et te promet des choses, que ce soit à Hollywood, à Londres ou à Paris. Crois que ce que tu vois. Je pense que c’était notre problème au début, on travaillait très dur pour le groupe, sans management ni de label, on faisait tout nous-même puis on a enfin été signé. On nous a fait voyager dans plusieurs pays, on a été à New-York, à Los Angeles et tu rencontres plein de gens qui te disent qu’il va se passer ci et ça et que ça va être génial. Et tu les crois, parce qu’au fond pourquoi est-ce que tu ne ferais pas confiance aux gens ? Ce n’est pas forcément de leur faute, je suis sûr que certaines de ces personnes pensaient vraiment pouvoir réaliser leurs promesses. Donc, tant que ce n’est pas réalisé, prend tout ce qu’on te dit avec des pincettes. Continue de travailler dur, ne t’emballe pas trop tant que ce n’est pas concret et une fois que tu y es arrivé, profite à fond !

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Cela fait 10 ans que Don Broco existe. Quels sont les moments les plus marquants de votre carrière ?

Je pense que la plupart des moments forts sont assez récents. Participer au Warped Tour aux Etats-Unis ! On a grandi avec cette tournée et pouvoir en faire partie pour sa dernière édition, c’était vraiment cool. Chanter sur scène avec Mike Shinoda ! On l’accompagnait sur sa tournée américaine et on a joué ensemble A Place For My Head. C’est une chanson que mon frère et moi avions l’habitude de chanter devant le miroir quand on était petits, pouvoir chanter cette chanson avec Mike devant un public, c’était comme un rêve de gosse devenu réalité. C’est un de ces moments où tu es « WOW ! ». Ça m’a peut-être pris dix ans pour y arriver mais ce sont les petits moments comme ça qui comptent vraiment. C’était vraiment un moment spécial.

Est-ce qu’il y a des groupes avec lesquels vous aimeriez jouer ou partir en tournée ?

Il y a beaucoup de groupes avec lesquels on aimerait partir en tournée. J’adorerais jouer avec les Red Hot Chilli Peppers. Et avec Paramore, ils ont bien évolué en tant que groupe, j’adore ce qu’ils font. N.E.R.D, avec Pharrell Williams, ils me manquent en tant que groupe qui joue live. Même s’ils sont plus électro maintenant, j’aimerais pouvoir un jour jouer avec eux.

Et enfin, qu’est-ce qu’ils vous inspirent le plus pour écrire les paroles de vos chansons ?

Généralement, ce sont mes expériences personnelles qui m’inspirent le plus. Si quelque chose qui me tient à cœur, si il y a quelque chose que je déteste, si il m’arrive une bonne ou une mauvaise expérience, je vais avoir envie d’écrire une chanson sur ça. Il y a d’autres chansons où c’est juste une observation de ce qu’il se passe autour de moi, comme Half Man Half God, quelque chose que je trouve intéressant, un changement d’opinion ou quelque chose à laquelle je n’avais jamais pensé avant. La plupart du temps, il me faut quelques jours pour réaliser que j’ai besoin d’écrire une chanson sur un événement. Souvent c’est quand je suis bourré et que je suis aux toilettes ou que je discute avec des amis; d’un coup j’ai une idée. Je la note alors sur mon téléphone et après je rentre à la maison pour écrire la chanson. La plupart du temps, ce sont mes expériences personnelles qui m’inspirent, c’est toujours ce qui me touche plus fort.

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