Sophie Tapie : « Les médias m’ont rendue pudique d’être qui j’étais »

À l’occasion de la sortie de son nouvel album 1988, Sophie Tapie a échangé avec nous lors d’une interview transparente sur cet opus aux sonorités pop des années 80 et sur son titre en dédicace à son père, Le Phoenix :

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Bonjour Sophie ! Votre nouvel album 1988 sort le 24 septembre. Pourquoi avoir choisi 1988 comme titre ?

Tout d’abord, c’est ma date de naissance. Ensuite, on a essayé de faire un album néo-vintage avec beaucoup de sonorités des années 80 et avec des textes engagés sur le monde actuel. Je suis engagée dans tout ce que je fais dans ma vie, que ce soit quand je fais du cinéma, du théâtre ou auprès des animaux donc je ne me voyais pas faire un album qui ne parlait pas de sujets qui me tiennent à cœur.

L’album sort dans quelques jours. Comment vous sentez-vous à l’approche de sa sortie ?

J’ai hâte ! C’est un album qui a mis beaucoup de temps à être finalisé. À cause de la Covid d’une part, mais aussi parce que je ne voulais pas faire les choses à moitié. J’avais énormément de contenu, de musique, de textes et je n’avais pas envie de faire du remplissage. On s’est posé très longtemps avant de savoir ce qu’on allait mettre sur cet album, ce qui était cohérent et hiérarchiquement ce qui était le plus important pour moi d’exprimer en premier.

Quels titres étaient importants pour vous ?

Plusieurs ! Les cheveux argentés, par exemple. C’est quelque chose qui me tient à cœur, le fait, qu’en France, on ait des vraies lacunes en ce qui concerne nos aînés. Certaines personnes ne se rendent pas compte que les personnes âgées ont eu notre âge, qu’ils ont eu une vie active et ont des histoires à raconter. Je trouve ça dommage de les laisser un peu pourrir dans leur EHPAD, avec très peu d’assistance et jamais assez d’infirmiers pour qu’ils soient traités correctement. Et c’était important pour moi de le souligner. Très honnêtement, je préfère passer du temps avec des personnes âgées qu’avec de jeunes enfants ; je les trouve tellement inspirants, ils ont tellement d’histoire à raconter qui peuvent être que bénéfique pour une fille de mon âge. C’est tellement instructif d’entendre les paroles de quelqu’un qui a vécu pour pouvoir écrire sa propre histoire derrière.

Et L’amour en solde. Qu’on soit une femme ou un homme, la manière dont on consomme les histoires d’amour et le sexe à notre époque devrait être égal. Le nombre de conquêtes ne fait pas d’une fille une pute et d’un mec un prince.

L’un des titres forts de l’album est Le Phoenix qui est une dédicace à votre père Bernard Tapie. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette chanson ?

Cela faisait longtemps que la chanson était dans mes tiroirs, j’ai mis longtemps à savoir si j’avais envie ou pas de la sortir. Il y a quelques années, j’ai trouvé beaucoup de difficultés à porter le nom que j’avais et j’ai mis du temps à trouver ma place. Les médias m’ont mis une telle pression pendant des années qu’ils m’avaient presque rendue pudique d’être qui j’étais. Sauf que la maladie de mon père est arrivée et quand on est face à ça, il n’y a plus rien qui compte à part l’affection et l’amour qu’on peut avoir pour quelqu’un. Donc je me suis dit « Fais comme tu le fais toujours, agis avec tes convictions et ton cœur ». Peu importe ce qui diront les médias, ça lui fera tellement plaisir et c’est le principal. C’est pour lui et c’est aussi un hommage à toutes les personnes touchées par le cancer, qui est la maladie du siècle. On va tous être touché, de près ou de loin, par cette maladie de merde. Quand je vais en chimio, je vois des gens seuls sur leur fauteuil sans personne pour leur tenir la main, Le Phoenix c’est ma manière de les encourager.

Dans le clip, on retrouve des détails qui font clin d’œil à votre père et son histoire. Est-ce vous qui les avez choisis ?

Oui ! J’ai voulu faire quelque chose de très vrai. Je suis tout simplement aller dans sa penderie pendant qu’il était hospitalisé. Le sweat de la traversée de l’Atlantique avec le Phocéa, le cycliste avec lequel il gagne le Tour de France, la Coupe d’Europe était déjà dans le grenier (le clip y a été tourné), le clin d’œil à la cassette. Je ne voulais pas faire quelque chose de malaisant et morbide. C’est pour ça que j’ai choisi de ne pas mettre de photos de lui, ce sont des clins d’œil plein de pudeur. Ceux qui comprendront comprendront et ceux qui ne comprennent pas peuvent interpréter de la manière dont ils veulent. Cela laisse place à l’imaginaire de chacun. J’aime laisser la porte ouverte à l’interprétation, pour que chacun puisse créer son propre univers à l’intérieur de mes chansons.

Quelle a été la réaction de votre père quand il a écouté Le Phoenix ?

Je n’étais pas là, mais j’imagine qu’il a été touché. C’était son désir d’être seul pendant l’écoute. On n’a pas besoin de se parler, on se regarde et on se comprend. Je sais que ça l’a énormément touché, il n’a pas besoin de le verbaliser. Ce que j’ai vu, ce que j’ai ressenti, ça valait le coup de faire ce qu’on a fait. On a mis beaucoup d’énergie avec mes frères et sœurs pour lui faire la surprise et lui donner de la force. Je voulais que ce soit personnel de A à Z et j’ai eu de la chance que ma maison de disques (Capitol) m’ait soutenue dans cette optique-là et m’ait laissé produire le clip.

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