FLETCHER : « Je me suis donnée pour mission d’être l’artiste que j’avais besoin de voir en grandissant. »

Retenez bien son nom. FLETCHER est une artiste pop montante, surtout depuis la sortie de son single Undrunk. Premières parties, tournées en tête d’affiche, nouvel EP, etc… 2019 a été une année chargée pour elle. Nous avons rencontré la chanteuse américaine pour parler de sa musique et plus particulièrement de son dernier EP you ruined new york city for me.

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© Feel The Vibe

L’ordre des morceaux de ton EP you ruined new york city for me nous donne l’impression que tu racontes une histoire. As-tu choisis l’ordre des chansons délibérément ?

Oui ! C’était délibéré car If You Gonna Lie est comme la préquelle de Undrunk. If You Gonna Lie est une chanson sur le fait d’être dans la phase de déni d’une relation et de rester dans cette relation, de s’y accrocher plus longtemps qu’il ne le faudrait et sur le fait de s’être fait tromper. Et Undrunk est à propos de ces moments où vous êtes seule dans un taxi après une soirée et qu’il n’y a rien pour vous distraire alors vous pensez à cette personne. Egalement avec Strangers qui clôt l’EP, « nous étions des étrangers au début et nous le sommes de nouveau », cette relation est du passé mais on fait une rétrospective dessus. Donc oui, je raconte une histoire. C’est subtile mais j’ai essayé de mettre les chansons dans l’ordre des émotions que j’ai ressenties au cours de cette rupture.

Est-ce que écrire Strangers a été un moyen de tourner la page ?

Oui, Strangers est à propos du fait qu’après ma séparation avec mon ex, nous n’avions aucune communication. Les paroles dans les couplets sont des extraits d’un message Facebook, le seul message qu’on s’est échangé. Je trouve ça vraiment fou qu’on puisse passer tant de temps, tant de moments intimes avec quelqu’un, qui connaît tout de vous et avec qui vous parler tout le temps à strictement rien. C’est un peu comme une mort en un sens. Strangers était ma façon de rationaliser ce sentiment.

Est-ce que la personne sur qui tu as écrit ces chansons les a entendues ?

Oh oui ! Les chansons passent à la radio aux Etats-Unis, c’est comme une bonne revanche (rires). Elle est au courant, nous en avons parlé et avec le temps, on prend du recul et j’ai beaucoup grandi. J’ai eu le cœur brisé, je m’en suis remis mais ça a pris quelques temps.

Est-ce que New York City est vraiment ruinée pour toi ?

Honnêtement, elle a été pendant très longtemps. C’était vraiment bizarre de revenir dans une ville où vous avez vécu tant de choses et avez tant de souvenirs. Aujourd’hui, j’ai l’occasion d’y retourner et de créer de nouveaux souvenirs qui me sont propres. J’adore et je déteste NYC à la fois. Je m’y suis trouvée, perdue, perdue de nouveau et retrouvée. Je pense que toute grande ville a cette habilité à vous réduire à néant, de mettre en évidence vos défauts et de tout rendre si évident et apparent. J’en suis reconnaissante parce que je suis une meilleure personne aujourd’hui. J’ai passé beaucoup de nuits à pleurer sur le sol de ma salle de bain à NYC mais c’est bien, ça forge le caractère (rires).

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Tes paroles sont personnelles et sans filtre. Est-ce que parfois tu te fixes des limites dans ton écriture et ce que tu peux ou ne peux pas dire ?

Pas vraiment. Une bonne partie est due au fait que je viens du New Jersey. Là-bas, nous n’avons pas de filtre et nous jurons beaucoup. Il n’y a pas de limite donc ce que nous disons ou pas, parfois c’est pour le meilleur, parfois pour le pire. Des fois, j’ai peur de me retrouver dans une situation délicate à cause de mon honnêteté, mais au final, ça ne sert à rien de raconter des conneries ou de ne pas dire la vérité sur ce que j’ai vécu. Donc non, je n’ai jamais vraiment ressenti le besoin de limiter ce dont je parle.

Tu exprimes ton opinion dans tes chansons (ex: I Believe You) et sur tes réseaux sociaux. Est-ce qu’il y a un groupe de personne en particulier que tu aimerais toucher et inspirer ?

Je pense que la plus belle chose avec la musique c’est qu’elle est pour tout le monde. Je ne cible pas une audience en particulier. Avoir le cœur brisé est le sentiment le plus universel au monde, quel que soit le pays dans lequel vous vivez, quelle que soit la langue que vous parlez. Vous avez de la chance si vous n’avez jamais eu le cœur brisé, et pas nécessairement dû à une relation amoureuse. Mais je pense aussi qu’il est nécessaire de passer par là pour comprendre ce que l’on ressent quand on est blessé, pour avoir de la compassion, de l’empathie et pour être capable de se mettre à la place de quelqu’un d’autre. Je pense que c’est ce qui nous permet d’être tous connectés les uns aux autres en tant qu’êtres humains. En écrivant sur ce sujet, mon honnête expérience, je l’ai fait pour moi-même parce que c’était ma thérapie et ma manière de tourner la page. Je veux que les gens m’aiment, évidemment tout le monde veut être aimé, mais le fait que les gens se retrouvent dans ma musique et que cela aide même une seule personne, voilà ce qu’est le succès pour moi.

Comme tu viens de le dire, cet EP t’a permis de tourner la page. Pour ton prochain projet musical, est-ce que tu vas continuer de parler de rupture ou vas-tu aborder un nouveau sujet ?

C’est difficile à dire parce que j’écris en temps réel. Cette histoire est derrière moi, je suis entourée de nouvelles personnes et je vis de nouvelle choses aujourd’hui, j’ai écris sur ça également. Au fur et à mesure que ma vie change, je change en tant que personne et donc ma musique aussi. Elle reflète où j’en suis dans ma vie. Mon prochain projet sera une compilation de ce que je ressens en tant qu’une jeune femme d’une vingtaine d’années qui grandit et essaye de comprendre et gérer sa vie dans ce monde difficile.

En parlant de ton prochain projet, tu as sorti deux EP, est-ce que tu vas continuer avec ce format ou est-ce que tu aimerais faire un album ?

Je veux absolument sortir un album ! Je voulais donner un aperçu de mon univers avec ces EP. J’ai l’impression que toute ma vie a été consacrée à l’écriture de mon album donc j’ai vraiment hâte d’en sortir un.

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En 2019, tu as eu un grand succès avec Undrunk, tu es partie en tournée avec LANY aux Etats_Unis, tu as fait des festivals, etc… Qu’est-ce que ces expériences t’ont appris ?

Je pense que l’industrie musicale est un endroit effrayant, il est vraiment facile de remettre en question sa valeur et son talent et si on mérite d’être là, c’est une chose à laquelle j’ai dû faire face. J’angoisse avant de monter sur scène, ce qui est très ironique car j’ai fais de la scène mon métier. Mais ce n’est pas parce qu’on a peur de quelque chose que cela signifie qu’on ne devrait pas le faire ou qu’on n’en est pas digne, je me rappelle ça sans cesse et que je mérite d’être là où je suis. Cette industrie vous pousse à remettre en question beaucoup de choses à propos de vous-même et je pense que cela se produit probablement dans chaque domaine. J’ai appris à faire confiance à mon instinct, à connaître l’importance du mot « non » et à être capable de refuser des choses que je ne pense pas être bonnes pour moi. Et être simplement moi-même ! Je pense qu’être moi-même est la chose la plus révolutionnaire que je puisse faire, alors je vais continuer à le faire.

Tu devrais ! En particulier en tant qu’artiste, c’est flagrant quand on n’est pas soi-même.

Les gens voient à travers la fausseté, les gens ne sont pas stupides. En grandissant, je ne me sentais pas assez représentée dans la musique et la pop féminine : tout le monde rentrait dans cette boîte, ce stéréotype, elles étaient toutes de bonnes danseuses etc…  Surtout en tant que femme queer, je n’avais aucune représentation. Je me suis donnée pour mission, il y a très longtemps, d’être l’artiste que j’avais besoin de voir en grandissant.

Qu’est-ce que la Cari (son prénom) adolescente penserait de FLETCHER ?

Je pense qu’elle serait fière. J’ai toujours voulu être une artiste mais je ne pensais avoir ce qu’il fallait. Aujourd’hui, je sais que la seule chose qu’on peut faire, c’est être soi-même. Elle serait vraiment vraiment très fière que je sois à Paris en train de parler de ma musique et que je m’apprête à faire un concert. C’est vraiment spécial.

Pour finir, nous avons quelques questions du type « ceci ou cela ». Actrice ou chanteuse ?

Chanteuse.

Ecrire ou chanter ?

Ecrire.

Musique ou tequila ?

Oh mon Dieu ! Celle-là est dure ! Comment tu peux me faire ça ?! (rires) Musique ou tequila… Elles vont l’une avec l’autre. J’ai besoin de la tequila pour écrire de la musique et monter sur scène. Mais je vais choisir la musique !

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